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Ils se tiennent par la main, fragiles d’avoir traversé le temps- des échasses de sable sur des marées d’amour. Ils vont dans leur lueur comme un soleil couchant, et quand souffle le vent leurs yeux s’envolent, tourbillonnent. Comme les plumes du temps où l’oiseau salue leur printemps.
Etonnés du voyage ils se tiennent par la main. Leurs pas fidèles racontent un chemin sans retour, un chemin quotidien. Ils n’ont qu’un seul miroir pour se faire un visage, ils n’ont qu’une seule patience pour demeurer encore.
Ils savent que leur amour a mangé toute leur chair. Et que ce qu’il leur reste- ses pas siamois qui jumelle leurs ombres, et cette main qui tremble de s’être donnée à l’autre.
En murmure de lumière ils se tiennent par la main, misérables, splendides, comme des cailloux semés. Ils sont les passants, les passeurs, que l’amour tient debout.
Ils se tiennent par la main, par le cœur. Par ce oui sans défaut qui leur sert de mémoire, par ce oui de l’horloge qui bégaie dans leurs pas.
Ernest Pépin