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François d’Assise ne pouvait éviter la rencontre avec cette femme aimante, sa sœur, son double. Ils aiment du même amour, ils sont faits pour s’entendre, ivres du même vin, ensemble et séparés. Séparés dans les apparences et les lieux. Réunis par l’entretien sans fin des âmes, par ce ravissement d’avoir trouvé l’interlocuteur privilégié, celui et celle qui entend tout, même les silences, même ce qu’on ne saurait dire pour soi dans le silence. L’amour, la sœur, le frère sans qui le temps passé sur terre n’aurait été que du temps – rien d’autre.
L’amour ayant dès sa venue, dès son premier frémissement, aboli les vieux décrets du temps, supprimé ces distinctions de l’avant et de l’après, ayant seulement maintenu l’aujourd’hui éternel des vivants, l’aujourd’hui amoureux de l’amour.
Christian Bobin