L'art nous délivre de façon illusoire, de cette chose sordide qu'est le fait d'exister.
En art, il n'y a pas de désillusion, car l'illusion s'est vue admise dès le début.
Le plaisir que l'art nous offre ne nous appartient pas, à proprement parler :
nous n'avons donc à le payer ni par des souffrances, ni par des remords.
Par le mot art, il faut entendre tout ce qui est cause de plaisir sans pour autant nous appartenir : la trace d'un passage, le sourire offert à quelqu'un d'autre, le soleil couchant, le poème,
l'univers objectif.
Posséder c'est perdre.
Sentir sans posséder, c'est conserver, parce que c'est extraire de chaque chose son essence.
Fernando Pessoa
Coupable. Coupable d’aimer plus que raison. D’attendre chaque jour une voix, une lettre, et cet oiseau sur le rebord de ma fenêtre. Coupable de soleil au milieu de la nuit, et de rêves plus hauts, plus grands que l’insomnie. Loin de l’austérité qui fige la photo, coupable de livrer un automne brûlant et quinze ans chaque année. De cerises aux pommiers, de baisers sous la pluie, de silences à rougir, pieds nus sur les rires de verre, coupable. Coupable de désirs à réveiller le monde.
Ile Eniger
Dès que vous réagissez, vous réagissez outre mesure. Quand vous êtes contrarié, vous avez réagi outre mesure. Vous avez fait d’une situation quelque chose qu’elle n’était pas vraiment. Il y avait un indice de quelque chose venu du passé et vous réagissiez au passé et non au présent. En conséquence, vous en avez fait une montagne. Vous l’avez gonflé hors proportion.
Une réaction émotive est une réaction émotive. Vous ne pouvez retrouver le passé sinon dans votre façon de le percevoir. De toute façon, votre passé a été fabriqué à partir de votre perception. Bien-aimés, le passé est une fabrication de l’ego. Qu’il ait été charmant ou désagréable, il a été fabriqué par l’ego.
C’est ce dont parlent les contes de fées. L’ego. À la fin, l’ego ne triomphe pas. La belle-mère est mise au rancart. La princesse marie le prince. La belle-mère est un plein ego flamboyant. La princesse est la personnification de la bonté. Le prince sauve la princesse et la vertu épouse la vertu. Adieu, Belle-Mère Ego. Adieu Gros Méchant Loup Ego.
Et maintenant dites adieu à la Perception de l’Enfance. On a peut-être fait du tort à l’enfant ou il n’a pas été suffisamment guidé ou apprécié. Et maintenant l’enfant a grandi et laisse derrière lui ses quêtes enfantines. Le tort est corrigé parce que l’enfant a grandi. Ne laissez pas la sorcière réapparaître à l’intérieur de l’enfant qui a grandi, qu’on considère qu’il a grandi. Il est toutefois certain qu’il y a pour vous quelque chose dont vous devez vous sortir. Les blessures sont quelque chose dont il faut se sortir en grandissant. Les blessures appartiennent toujours au passé. Je vous dis cela en toute franchise.
Quand Je vous dis de vous sortir du passé, Je veux dire qu’il vous faut vous sortir du passé profondément. Je parle du passé noir profond. Ne le répétez pas. Peu importe le rôle passé dans lequel vous vous êtes enfermé, sortez-en. Aller de l’avant veut vraiment dire aller de l’avant. Rester enlisé psychologiquement dans le passé n’est pas aller de l’avant. Le passé n’a pas adhéré à vous. Vous avez adhéré au passé et l’avez revécu encore et encore.
Pour vivre dans le présent, vous devez sortir du passé. Il n’y a pas d’autre façon. Ne faites pas en sorte que le passé soit un linceul dont vous ne pouvez vous défaire. Le passé n’est pas dans votre ADN à moins que vous le pensiez.
Un pauvre n’a pas à rester un pauvre. Un pauvre en amour ne doit pas non plus rester un pauvre en amour. Toute l’histoire se résume à l’amour. Cela concerne l’amour nié et le rêve de l’amour qui se lève pour être comblé. Peu importe la restitution que vous réclamez en pensant qu’elle vous est due, c’est vous qui avez une redevance en amour envers vous. C’est vous qui avez dessiné au fusain ces images de vous-même en noir et blanc. Mettez-y de la couleur et finissez-en. Adoptez une nouvelle jeunesse maintenant. Sortez du passé. Sortez du sous-sol et exposez-vous au brillant soleil aujourd’hui.
Pénétrez dans les chambres de Mon cœur. Entrez avec Moi et alors le passé disparaît et l’Éternité du Présent se lève devant. Aujourd’hui est aujourd’hui. Ce n’est pas hier. Ne le reconvertissez pas en hier. Sortez-vous du passé pour n’y plus revenir. Que vous soyez orphelin, beau-fils, belle-fille ou enfant favori, il vous faut sortir de tout cela. Que vous ayez été aimé suffisamment ou non, maintenant vous vous permettez d’être amour et rien d’autre qu’amour, amour vrai et non amour contrefait. Vous ne portez pas les vêtements de l’amour. Vous vous levez vers l’occasion de l’amour. En toutes circonstances, vous n’êtes plus le juge. Jetez ces sombres tuniques. Maintenant vous êtes amour vrai envers la cause de l’amour.
Souvenez-vous de l’amour en premier. Souvenez-vous de l’amour avant de vous souvenir de l’ego. L’ego va s’asseoir sur le siège arrière. Vous n’avez plus à revivre la colère et le ressentiment. Ils méritent seulement que vous les abandonniez. Secourez-vous vous-même.
On ne meurt pas du non amour dis-tu?
Elle ne pleure plus, elle ne parle plus, elle murmure, comme on écrase un cri, comme on fait silence, à larmes étouffées.
On ne meurt pas du non amour dis-tu?
On ne meurt pas de faim, on ne meurt pas de soif, on en crève.
Jean-Michel Sananes
J'ai choisi ma folie, ma folie est douce.
A dix lieux de cynisme, au sud d'ironie,très loin de violence, au nord de révolte, deux doigts de tendresse, dans la région de cœur. On y entre, comme on entre en religion, elle est langue rebelle.
Ma folie est douce, elle est poésie.
Pied de nez à la réalité, au froid réalisme. Elle est la distance nécessaire entre le rêve et le quotidien. Elle est de tendresse et d'ironie sublimante. On n'en sort qu'en perdant l'enfance.
Jean-Michel Sananes
Tes mots sont ma maison, j'y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue. C'est exactement le paysage que j'aime, il a le visage de ta voix. La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s'écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses. L'arbre porte fièrement ses cerises comme un bel ouvrage. Il installe une trêve dans l'interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d'hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaitre l'existence ? La rivière miraculeusement pleine, inonde. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est bien.
Ile Eniger
Tu es pressé d'écrire, comme si tu étais en retard sur la vie. S'il en est ainsi fais cortège à tes sources. Hâte-toi. Hâte-toi de transmettre, ta part de merveilleux, de rébellion, de bienfaisance. Effectivement tu es en retard sur la vie, la vie inexprimable.
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir.
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses, dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière. En t'inclinant, si tu veux rire, offre ta soumission. Jamais tes armes. Tu as été créé pour des moments peu communs. Modifie-toi, disparais sans regret, sans interruption, sans égarement. Essaime la poussière. Nul ne décèlera votre union.
René Char